Sommaire
- 01 D’où vient le slippage : le marché bouge plus vite que toi
- 02 Combien te coûte vraiment le slippage
- 03 Comment limiter le slippage concrètement
- 04 Slippage vs spread : ne confonds pas tout
- 05 Le slippage est-il vraiment un problème sur le long terme ?
- 06 En résumé : moins de slippage, plus de performance
Tu as repéré ton ETF World à 42,50 €. Tu cliques sur « Acheter », et quelques secondes plus tard, ton ordre s’exécute… à 42,58 €. Huit centimes de plus. Sur 100 parts, ça fait 8 € évaporés. Bienvenue dans le monde du slippage, ce phénomène qui grignote silencieusement tes investissements à chaque transaction.
Le slippage (littéralement « glissement » en français), c’est la différence entre le prix que tu voulais payer et le prix que tu as réellement payé. Un écart invisible qui peut représenter plusieurs dizaines d’euros par an si tu investis régulièrement. Voyons pourquoi ça arrive et surtout comment limiter la casse.
D’où vient le slippage : le marché bouge plus vite que toi
Quand tu consultes le prix d’un ETF sur ton écran, tu vois un chiffre figé. Mais sur le marché réel, les prix bougent en permanence, plusieurs fois par seconde. Entre le moment où tu vois le prix et celui où ton ordre arrive sur le marché, le monde a changé.
Le parcours de ton ordre (et ses embûches)
Voici ce qui se passe réellement quand tu cliques sur « Acheter » :
- Seconde 0 : tu vois 42,50 € sur ton écran et tu valides l’ordre
- Seconde 1-2 : ton ordre transite par les serveurs de ton courtier
- Seconde 3-4 : il arrive sur Euronext Paris et cherche une contrepartie
- Seconde 5 : quelqu’un vend à 42,58 €, l’ordre s’exécute
En cinq secondes, dix acheteurs sont passés avant toi, faisant monter le prix. C’est ça, le slippage.
Les facteurs qui aggravent le phénomène
Certaines situations amplifient le glissement de prix :
- Les heures creuses : entre 12h et 14h, peu d’ordres circulent, les prix sautent plus facilement
- Les ETF peu liquides : moins il y a d’échanges, plus l’écart entre offre et demande est large
- Les ordres importants : acheter 500 parts d’un coup fait monter le prix mécaniquement
- Les annonces économiques : à 14h30 (heure des stats US), la volatilité explose
- Les ordres « au marché » : tu acceptes le prix du moment, quel qu’il soit
Combien te coûte vraiment le slippage
Prenons un cas concret. Tu investis 300 € par mois dans un ETF MSCI World, soit environ 7 parts à 42,50 €.
Scénario avec slippage modéré (0,15 % par ordre) :
- Prix affiché : 42,50 €
- Prix d’exécution réel : 42,56 €
- Slippage par ordre : 0,06 € × 7 parts = 0,42 €
- Sur 12 mois : 0,42 € × 12 = 5,04 €
- Sur 20 ans d’investissement régulier : environ 100 €
Scénario avec slippage élevé (0,40 % par ordre) :
- Prix affiché : 42,50 €
- Prix d’exécution réel : 42,67 €
- Slippage par ordre : 0,17 € × 7 parts = 1,19 €
- Sur 12 mois : 14,28 €
- Sur 20 ans : environ 285 €
Ça peut sembler dérisoire à court terme, mais c’est de l’argent qui ne travaillera jamais pour toi. Et contrairement aux frais de gestion qui rémunèrent un service, le slippage est une pure perte sèche.
Comment limiter le slippage concrètement
La bonne nouvelle ? Tu peux drastiquement réduire ce phénomène avec quelques réflexes simples.
Privilégie toujours les ordres à cours limité
Au lieu d’un ordre « au marché » (qui accepte n’importe quel prix), fixe un prix maximum que tu acceptes de payer. Par exemple :
- Prix affiché : 42,50 €
- Tu passes un ordre limité à 42,55 €
- Si le prix monte à 42,60 €, ton ordre n’est pas exécuté
- Tu évites un mauvais prix et peux retenter plus tard
Oui, ton ordre peut ne pas passer immédiatement. Mais quand tu investis pour 20 ans, attendre quelques heures ou un jour n’a aucune importance.
Investis aux heures de forte liquidité
Le slippage diminue drastiquement quand beaucoup d’ordres circulent :
- Meilleure plage horaire : 9h-11h30 et 14h-17h (heure de Paris)
- À éviter : 12h-14h, et les 10 premières minutes d’ouverture (volatilité élevée)
- Jamais : dans les 5 minutes qui suivent une annonce macro-économique majeure
Fractionne tes gros ordres
Si tu investis 3 000 € d’un coup (par exemple une prime), mieux vaut répartir :
- Au lieu de 1 ordre de 70 parts : 3 ordres de 23-24 parts espacés de 30 minutes
- Ton impact sur le marché est réduit
- Le slippage moyen diminue
Choisis des ETF très liquides
Sur un ETF comme le Amundi MSCI World (CW8), plusieurs millions d’euros s’échangent chaque jour. Les prix bougent par centimes. Sur un ETF confidentiel à 200 000 € de volume quotidien, les prix peuvent sauter de 0,5 % sans raison. Quand tu débutes, vise toujours les mastodontes du marché.
Slippage vs spread : ne confonds pas tout
Le slippage n’est pas le spread bid-ask (l’écart entre prix d’achat et de vente affiché), même si les deux te coûtent de l’argent.
Le spread : c’est la différence visible entre le prix auquel tu peux acheter (ask : 42,52 €) et celui auquel tu peux vendre (bid : 42,48 €). C’est prévisible et affiché.
Le slippage : c’est le mouvement de prix pendant que ton ordre s’exécute. Même si le spread est de 4 centimes, tu peux subir 10 centimes de slippage si le marché monte rapidement.
Les deux se cumulent. Sur un ordre à 42,50 € avec 0,04 € de spread et 0,10 € de slippage, tu payes réellement 42,64 €. D’où l’importance de maîtriser les deux.
Le slippage est-il vraiment un problème sur le long terme ?
Soyons honnêtes : si tu investis 300 € par mois pendant 25 ans dans un ETF World éligible PEA, le slippage représentera peut-être 200 à 400 € au total. C’est réel, mais ce n’est pas ça qui fera ou défaillira ta retraite.
En revanche, c’est un excellent indicateur de qualité d’exécution. Un courtier qui t’inflige systématiquement 0,5 % de slippage te montre qu’il route mal tes ordres (ou pire, qu’il en profite). C’est un signal d’alarme.
Et surtout, limiter le slippage est un geste simple qui ne coûte rien : passer un ordre limité au lieu d’un ordre au marché prend 5 secondes de plus. Pour économiser potentiellement quelques centaines d’euros sur une vie d’investisseur, l’effort en vaut la chandelle.
Rappelons aussi que tout investissement en ETF comporte un risque de perte en capital. Le slippage n’est qu’un coût parmi d’autres dans une stratégie long terme.
En résumé : moins de slippage, plus de performance
Le slippage est ce petit voleur invisible qui te prend quelques euros à chaque ordre. Pas de quoi paniquer, mais assez pour mériter ton attention. En privilégiant les ordres à cours limité, en investissant aux bonnes heures et en choisissant des ETF liquides, tu peux diviser par deux ou trois ce coût caché.
Et tu sais quoi ? C’est exactement le genre de détails qui séparent l’investisseur débutant de celui qui optimise vraiment sa stratégie. Chaque euro économisé sur le slippage, c’est un euro de plus qui travaille pour toi pendant 20 ou 30 ans.
Si tu veux aller plus loin et tester tes connaissances sur les mécanismes cachés des ETF, passe faire notre quiz. Et si tu débutes tout juste, notre guide investir mes premiers 100 euros te pose les bonnes bases avant de te lancer.