Sommaire
Tu as peut-être entendu dire que « la bourse américaine est surévaluée depuis 10 ans ». L’argument ? Le fameux CAPE ratio (ou Shiller P/E) serait au-dessus de sa moyenne historique. Certains investisseurs attendent donc sagement que ce ratio redescende avant d’investir dans leur ETF World ou S&P 500.
Sauf qu’entre 2013 et 2024, le S&P 500 a quasiment triplé. Pendant ce temps, ceux qui attendaient que la valorisation « revienne à la normale » sont restés sur le banc. Alors, ce ratio magique : outil de génie ou piège pour investisseurs patients ? Spoiler : un peu des deux.
C’est quoi le CAPE ratio de Shiller ?
Le CAPE ratio (Cyclically Adjusted Price-to-Earnings) a été popularisé par Robert Shiller, prix Nobel d’économie. Contrairement au ratio P/E classique qui compare le prix d’une action à son bénéfice de l’année en cours, le CAPE prend la moyenne des bénéfices des 10 dernières années, ajustée de l’inflation.
L’idée ? Lisser les cycles économiques pour avoir une vision plus stable de la valorisation. Un bénéfice exceptionnel en 2024 ne doit pas faire croire que l’action est bon marché. Et une année catastrophique ne doit pas faire paniquer.
Le calcul simplifié :
- Tu prends le prix actuel de l’indice (exemple : S&P 500)
- Tu divises par la moyenne des bénéfices des 10 dernières années, corrigés de l’inflation
- Tu obtiens un chiffre : 15, 25, 35…
Historiquement, la moyenne du CAPE pour le S&P 500 tourne autour de 17. En 2000, il était à 44 (juste avant l’éclatement de la bulle internet). En 2009, il était à 13 (pleine crise financière). Début 2025, il flirte avec 33-35. Donc « trop cher », non ?
Pourquoi ce ratio peut te faire rater 10 ans de hausse
Voici le problème : le CAPE peut rester élevé pendant très, très longtemps. Et pendant ce temps, ton ETF continue de monter.
Exemple concret :
En janvier 2015, le CAPE du S&P 500 était déjà à 27, bien au-dessus de la moyenne historique de 17. Un investisseur prudent se dit : « c’est cher, j’attends ». Dix ans plus tard, le CAPE est à 35… et le S&P 500 a gagné environ 150 % entre-temps (dividendes réinvestis).
Attendre que le ratio « revienne à la normale » a coûté une décennie de performance. Pourquoi ?
Le monde a changé depuis 1900
Le CAPE compare les valorisations actuelles à celles des 100 dernières années. Mais l’économie de 2025 n’a rien à voir avec celle de 1950 :
- Structure des entreprises : le S&P 500 est dominé par des entreprises tech (Apple, Microsoft, Nvidia) avec des marges énormes et peu d’actifs physiques. Dans les années 1960, c’étaient des usines et des aciéries avec des marges faibles.
- Taux d’intérêt : pendant des années, les taux étaient proches de zéro. Résultat : les investisseurs acceptaient de payer plus cher pour les actions (faute d’alternative). Aujourd’hui, même avec une remontée, les taux restent historiquement bas.
- Mondialisation : les entreprises américaines génèrent 40 % de leurs revenus hors des États-Unis. Comparer avec les années 1970 n’a aucun sens.
Bref, un CAPE « normal » aujourd’hui n’est peut-être plus 17, mais plutôt 25 ou 30. On ne le saura qu’après coup.
Alors, ce ratio ne sert à rien ?
Si, mais il faut l’utiliser intelligemment. Le CAPE n’est pas un signal d’achat ou de vente à court terme. C’est un indicateur de rendement futur probable sur 10 ans.
Ce que disent les études :
Plus le CAPE est élevé quand tu investis, plus ton rendement annuel moyen sur les 10 prochaines années risque d’être faible. Ce n’est pas une garantie de krach imminent, c’est une question de patience.
- CAPE à 10 : tu peux espérer environ 10-12 % par an sur 10 ans (historiquement)
- CAPE à 25 : plutôt 5-7 % par an
- CAPE à 40+ : 0-3 % par an (voire négatif, comme après 2000)
Mais attention : ces chiffres sont des moyennes. Entre 2015 et 2025, le CAPE était élevé… et les marchés ont cartonné. Pourquoi ? Parce que d’autres facteurs comptent : politique monétaire, innovation, croissance des bénéfices.
Comment l’utiliser dans ta stratégie ETF
Voici comment intégrer intelligemment le CAPE à ton investissement :
- Ne pas tout miser sur un marché cher : si le CAPE américain est très élevé, tu peux réduire légèrement ta pondération US et renforcer l’Europe ou les émergents (dont les CAPE sont souvent plus bas).
- Ajuster tes attentes : si tu investis aujourd’hui avec un CAPE à 35, sois conscient que les 10 prochaines années pourraient être moins généreuses que les 10 précédentes. Ça reste le long terme qui compte.
- Ne JAMAIS arrêter ton DCA : même avec un CAPE élevé, interrompre ton investissement régulier est l’erreur classique. Tu rates les hausses… et tu ne profites pas des baisses si elles arrivent. Regarde comment bien démarrer si tu débutes.
- Diversifier au-delà des US : un ETF World ou ACWI te donne une exposition à des marchés avec des CAPE variés, sans avoir à « timer » le marché.
Le CAPE est un thermomètre, pas un chronomètre. Il te dit « attention, c’est chaud », mais pas « vends tout demain ».
Un exemple chiffré pour comprendre
Imagine deux investisseurs en janvier 2015 :
Thomas regarde le CAPE à 27 et se dit « trop cher, j’attends ». Il place 10 000 € sur un fonds euro à 2 % par an.
Laura investit ses 10 000 € dans un ETF S&P 500 en DCA sur 10 ans (833 € par mois initial + versements réguliers).
En 2025 :
- Thomas a environ 12 200 € (rendement sécurisé mais faible)
- Laura a environ 25 000 € (malgré les hausses et baisses, le S&P 500 a progressé)
Thomas avait raison sur le diagnostic (valorisation élevée), mais tort sur la conclusion (attendre). Laura a accepté le risque de perte en capital et a été récompensée par le temps.
En résumé : le CAPE, mode d’emploi
Le CAPE ratio de Shiller est un outil puissant… si tu sais quoi en faire. Il ne prédit pas les krachs, mais il te donne une idée des rendements futurs probables. Un CAPE élevé ne signifie pas « vends tout », mais « sois conscient que la prochaine décennie sera peut-être moins folle que la précédente ».
L’erreur classique ? Utiliser le CAPE comme un signal de market timing. « J’attends que ça baisse. » Résultat : tu rates des années de hausse. La bonne approche ? Continuer ton DCA, diversifier géographiquement, et ajuster tes attentes de rendement.
Comme toujours en investissement, il y a un risque de perte en capital. Mais rester sur le banc en attendant la valorisation parfaite, c’est prendre le risque de… ne jamais jouer.
Envie d’approfondir tes connaissances avant de te lancer ? Teste ton niveau avec notre quiz interactif et découvre si tu maîtrises les bases de l’investissement en ETF. Spoiler : le timing parfait n’existe pas, mais la régularité, oui.