Liquidité d’un ETF : pourquoi tu peux toujours vendre

23 mai 2026 6 min de lecture Thibault
Liquidité d’un ETF : pourquoi tu peux toujours vendre
Photo : StockRadars Co., / Pexels
Sommaire
  1. 01 La liquidité affichée : ce que tu vois n’est pas tout
  2. 02 Le marché primaire : la vraie source de liquidité
  3. 03 Concrètement : quand la liquidité peut poser problème
  4. 04 Exemple chiffré : ETF liquide vs peu liquide
  5. 05 Les bonnes pratiques pour gérer la liquidité
  6. 06 En résumé : la liquidité d’un ETF, ce n’est pas ce que tu crois

Tu regardes la fiche d’un ETF MSCI World qui te plaît bien. Le TER est correct, il est éligible PEA, capitalisant… parfait ! Mais un détail te chiffonne : le volume d’échanges quotidien affiché est de seulement 500 000 €. Tu te dis : « Et si je n’arrive pas à revendre mes parts le jour où j’en ai besoin ? »

Cette inquiétude est légitime, mais elle repose sur une incompréhension du fonctionnement des ETF. Contrairement à une action classique, la liquidité d’un ETF ne dépend pas uniquement du volume affiché. Derrière la scène, un mécanisme sophistiqué garantit que tu pourras (presque) toujours acheter ou vendre, même sur un ETF peu échangé. On t’explique tout.

La liquidité affichée : ce que tu vois n’est pas tout

Quand tu consultes la fiche d’un ETF sur ton courtier ou sur un site comme Boursorama, tu vois un « volume moyen quotidien ». Par exemple : 2 millions d’euros par jour pour un ETF très populaire, ou seulement 300 000 € pour un ETF plus confidentiel.

Ce chiffre, c’est la liquidité sur le marché secondaire : les échanges qui ont lieu directement entre investisseurs, toi et moi, sur Euronext Paris par exemple. Mais il ne représente qu’une partie de la réalité.

La vraie liquidité d’un ETF dépend en réalité de deux facteurs :

  • La liquidité du marché secondaire (ce que tu vois) : les échanges entre investisseurs
  • La liquidité du marché primaire (invisible pour toi) : la capacité des teneurs de marché à créer ou détruire des parts d’ETF à la demande

Et c’est ce deuxième point qui change tout.

Le marché primaire : la vraie source de liquidité

Imagine que tu veuilles vendre 10 000 € d’un ETF MSCI World qui n’échange « que » 500 000 € par jour. Pas de panique : les teneurs de marché (market makers) sont là pour ça.

Ces acteurs professionnels ont un rôle simple : assurer qu’il y a toujours un acheteur et un vendeur. Concrètement, voici comment ça marche :

Le mécanisme de création/rachat

  • Tu veux vendre ton ETF : le teneur de marché rachète tes parts, même si personne d’autre n’est acheteur au même moment
  • Il détruit les parts d’ETF : il les renvoie à l’émetteur (Amundi, iShares, etc.) et récupère en échange les actions sous-jacentes (Apple, Microsoft, LVMH…)
  • Il revend ces actions sur le marché : comme ce sont des grosses actions très liquides, aucun problème pour les vendre

Résultat : la vraie liquidité d’un ETF dépend de la liquidité des actions qu’il contient, pas du volume d’échanges de l’ETF lui-même.

Un ETF S&P 500 qui contient Apple, Microsoft, Amazon et consorts sera toujours très liquide, même si seulement 100 000 € de parts s’échangent par jour sur Euronext.

Concrètement : quand la liquidité peut poser problème

Bon, tout n’est pas magique non plus. Il existe des situations où la liquidité peut devenir un vrai souci :

1. L’écart entre le prix d’achat et de vente (le spread)

Sur un ETF peu échangé, le spread peut être plus large. Par exemple :

  • Prix d’achat (ask) : 50,10 €
  • Prix de vente (bid) : 49,90 €
  • Spread : 0,20 € soit 0,4 %

Sur un ETF très liquide comme le Amundi MSCI World, le spread est souvent inférieur à 0,05 %. Sur un ETF confidentiel, il peut grimper à 0,3-0,5 %, voire plus.

Ce n’est pas dramatique si tu investis long terme (un spread de 0,3 % sur un placement que tu gardes 20 ans, c’est négligeable), mais ça peut peser si tu fais des allers-retours fréquents.

2. Les ETF sur des actifs peu liquides

Si tu choisis un ETF thématique très spécialisé (par exemple un ETF sur les petites entreprises argentines du secteur minier), la liquidité des actions sous-jacentes peut être faible. Dans ce cas, même le teneur de marché aura du mal à créer/détruire des parts rapidement.

Règle simple : plus l’indice suivi est large et investi sur des marchés développés (World, S&P 500, Europe…), plus la liquidité est garantie.

3. Les crises de marché extrêmes

En mars 2020, lors du krach Covid, certains ETF obligataires ont vu leurs spreads exploser temporairement. Les teneurs de marché, débordés, ont élargi les fourchettes pour gérer le risque.

C’est rare, mais ça peut arriver. Dans ces moments-là, évite de paniquer et de vendre dans l’urgence : tu risques de subir un spread très défavorable.

Exemple chiffré : ETF liquide vs peu liquide

Prenons deux ETF MSCI World éligibles PEA :

  • ETF A : volume quotidien de 10 millions €, spread de 0,03 %
  • ETF B : volume quotidien de 300 000 €, spread de 0,25 %

Tu investis 5 000 € sur chacun et tu revends 10 ans plus tard, avec une plus-value de 100 % (ton capital a doublé, tu récupères 10 000 €).

Coût du spread à l’achat et à la vente :

  • ETF A : 0,03 % × 2 (achat + vente) × 10 000 € = 6 €
  • ETF B : 0,25 % × 2 × 10 000 € = 50 €

Différence : 44 €. Sur 10 ans et 10 000 € récupérés, c’est négligeable. Le TER et les frais de courtage auront eu un impact bien plus important.

Les bonnes pratiques pour gérer la liquidité

Voici comment t’assurer que la liquidité ne sera jamais un problème dans tes investissements en ETF :

  • Privilégie les ETF sur indices larges : World, S&P 500, Europe… Leurs actions sous-jacentes sont ultra-liquides
  • Regarde le spread, pas seulement le volume : un spread inférieur à 0,2-0,3 % est acceptable pour un investisseur long terme
  • Évite de passer des ordres au marché : utilise plutôt des ordres à cours limité pour maîtriser ton prix d’achat ou de vente
  • Ne vends pas dans la panique : en période de crise, attends que le calme revienne pour éviter les spreads élargis
  • Vérifie l’encours de l’ETF : un ETF avec 500 millions € ou plus d’encours est généralement bien liquide, même si le volume quotidien semble faible

Rappel important : les ETF comportent un risque de perte en capital. La liquidité te permet de vendre quand tu veux, mais pas au prix que tu souhaites si les marchés ont baissé.

En résumé : la liquidité d’un ETF, ce n’est pas ce que tu crois

Retiens ceci : un ETF peut avoir un faible volume d’échanges quotidien et rester parfaitement liquide. Ce qui compte, c’est la liquidité des actifs sous-jacents et l’efficacité des teneurs de marché.

Si tu investis sur des ETF World, S&P 500 ou Europe avec des encours solides, tu n’auras aucun souci pour acheter ou vendre, même sur des montants conséquents.

Le spread peut être légèrement plus élevé sur un ETF confidentiel, mais si tu investis long terme (ce qu’on te recommande), cet impact sera marginal comparé aux autres frais.

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