ETF et liquidité du marché : pourquoi tu vends vraiment

2 août 2026 7 min de lecture Thibault
ETF et liquidité du marché : pourquoi tu vends vraiment
Photo : StockRadars Co., / Pexels
Sommaire
  1. 01 La liquidité visible vs la liquidité réelle
  2. 02 Le mécanisme de création-rachat : ton filet de sécurité
  3. 03 Ce qui compte vraiment pour la liquidité de ton ETF
  4. 04 Exemple concret : deux ETF World, deux réalités
  5. 05 Les rares cas où la liquidité pose vraiment problème
  6. 06 Ce que tu dois retenir pour tes investissements

Tu hésites à acheter un ETF parce qu’il n’affiche que 10 000 € de volume quotidien ? Tu te demandes si tu pourras revendre tes parts facilement dans 10 ans ? Bonne nouvelle : tu te poses la mauvaise question. La liquidité d’un ETF ne fonctionne pas comme celle d’une action classique. Et c’est une excellente chose pour toi.

Contrairement à une idée reçue, le volume d’échange affiché sur ta plateforme de courtage ne représente qu’une infime partie de la liquidité réelle de ton ETF. Le vrai mécanisme se cache ailleurs, dans un système à deux niveaux que la plupart des investisseurs ignorent. Comprendre cette mécanique te libère d’une anxiété inutile et te permet de choisir tes ETF sur les bons critères.

La liquidité visible vs la liquidité réelle

Quand tu consultes la fiche d’un ETF, tu vois un volume quotidien moyen. Par exemple : 500 000 € par jour. Tu pourrais croire que si tu veux vendre pour 50 000 €, tu risques de faire bouger le marché ou de ne pas trouver preneur.

C’est oublier que l’ETF possède deux sources de liquidité distinctes :

  • La liquidité primaire : celle du marché secondaire où tu achètes et vends (Euronext Paris par exemple)
  • La liquidité sous-jacente : celle des actions que l’ETF détient réellement

C’est cette seconde source qui compte vraiment. Un ETF World qui détient 1 500 actions liquides comme Apple, Microsoft ou LVMH bénéficie de la liquidité combinée de toutes ces entreprises. Même si personne n’échange cet ETF pendant une journée, les créateurs de marché peuvent créer ou détruire des parts instantanément en achetant ou vendant le panier d’actions sous-jacent.

Concrètement : si tu veux acheter pour 100 000 € d’un ETF qui n’affiche que 20 000 € de volume quotidien, le créateur de marché achète instantanément le panier d’actions correspondant sur le marché (Apple, Microsoft, etc.) et crée de nouvelles parts d’ETF pour toi. L’opération inverse se produit quand tu vends.

Le mécanisme de création-rachat : ton filet de sécurité

Ce processus s’appelle le mécanisme de création-rachat (creation-redemption mechanism en anglais). C’est le cœur du fonctionnement des ETF, et pourtant peu d’investisseurs en comprennent l’utilité réelle.

Voici comment ça marche en pratique :

Quand la demande d’ETF augmente

  • Le prix de l’ETF commence à dépasser légèrement la valeur de ses actifs sous-jacents
  • Un créateur de marché (Authorized Participant) détecte cette opportunité d’arbitrage
  • Il achète le panier d’actions qui compose l’ETF sur le marché
  • Il remet ce panier à l’émetteur de l’ETF (Amundi, iShares, etc.)
  • L’émetteur crée de nouvelles parts d’ETF et les lui donne
  • Le créateur de marché vend ces parts sur le marché secondaire
  • Le prix de l’ETF revient à sa juste valeur

Quand la demande d’ETF diminue

  • Le prix de l’ETF passe sous la valeur de ses actifs
  • Un créateur de marché achète des parts d’ETF bon marché sur le marché
  • Il les remet à l’émetteur qui les annule
  • L’émetteur lui donne le panier d’actions correspondant
  • Le créateur de marché vend ces actions sur le marché
  • Le prix de l’ETF remonte

Ce mécanisme fonctionne en continu, plusieurs fois par jour. Il garantit que ton ETF reste proche de sa valeur liquidative, même avec un faible volume d’échange apparent.

Ce qui compte vraiment pour la liquidité de ton ETF

Maintenant que tu comprends le système, voici les vrais critères à vérifier avant d’acheter un ETF :

1. La liquidité des actifs sous-jacents

Un ETF S&P 500 sera toujours ultra-liquide, même s’il est récent ou peu connu, parce qu’il détient les 500 plus grandes entreprises américaines cotées. À l’inverse, un ETF spécialisé sur les small caps vietnamiennes aura une liquidité réelle limitée, quel que soit son volume d’échange affiché.

2. Le nombre de créateurs de marché

Plus un ETF a de créateurs de marché partenaires, plus la concurrence entre eux réduit le spread (l’écart entre prix d’achat et prix de vente). Les grands émetteurs comme iShares, Amundi ou Vanguard ont généralement 10 à 20 créateurs de marché par ETF.

3. L’encours de l’ETF

Un ETF de 10 millions d’euros d’encours est moins intéressant pour les créateurs de marché qu’un ETF de 500 millions. Pourquoi ? Parce qu’un petit encours peut signaler un risque de fermeture. Vise au minimum 100 millions d’euros d’encours pour dormir tranquille, comme nous l’avons évoqué dans notre article sur les ETF à encours faible.

4. Le spread bid-ask, ton vrai indicateur

Oublie le volume quotidien. Regarde plutôt le spread : l’écart entre le prix auquel tu peux acheter et celui auquel tu peux vendre. Un spread de 0,05 % sur un ETF World est excellent. Un spread de 0,5 % commence à coûter cher. Nous avons détaillé ce sujet dans notre article sur le spread bid-ask.

Exemple concret : deux ETF World, deux réalités

Prenons deux ETF répliquant le MSCI World :

ETF A :
• Encours : 2 milliards €
• Volume quotidien moyen : 50 millions €
• Spread moyen : 0,03 %
• Nombre de créateurs de marché : 15

ETF B :
• Encours : 80 millions €
• Volume quotidien moyen : 200 000 €
• Spread moyen : 0,08 %
• Nombre de créateurs de marché : 4

L’ETF B affiche un volume 250 fois inférieur à l’ETF A. Pourtant, les deux répliquent le même indice avec les mêmes 1 500 actions liquides. Tu pourrais acheter pour 100 000 € de l’un ou de l’autre sans problème.

La vraie différence ? Le spread. Sur un achat de 10 000 €, l’ETF A te coûtera environ 3 € de spread (0,03 %), contre 8 € pour l’ETF B (0,08 %… si tu utilises un ordre à cours limité, évidemment). Sur 20 ans d’investissement régulier, cette différence s’accumule.

Mais attention : même l’ETF B reste parfaitement liquide. Tu ne seras jamais bloqué avec tes parts, parce que les créateurs de marché peuvent toujours créer ou racheter des parts en s’appuyant sur la liquidité du MSCI World.

Les rares cas où la liquidité pose vraiment problème

Il existe quelques situations où le mécanisme de création-rachat montre ses limites :

  • Marchés fermés : si tu veux vendre un ETF Asie un jour où les bourses asiatiques sont fermées pour un jour férié local, le créateur de marché élargit son spread par précaution (on en a parlé dans l’article sur les jours fériés internationaux)
  • Actions illiquides : un ETF spécialisé sur des micro-caps peu échangées aura un spread naturellement plus large
  • Krach éclair : lors d’événements extrêmes (comme le flash crash de 2010), les créateurs de marché peuvent temporairement se retirer, créant des écarts de prix anormaux pendant quelques minutes
  • ETF exotiques : certains ETF à effet de levier ou inversés ont une mécanique plus complexe qui réduit l’efficacité du système

Pour un investisseur long terme sur des ETF classiques (World, S&P 500, Europe), ces cas restent marginaux. Le risque de perte en capital vient de la variation des marchés, pas de l’incapacité à vendre tes parts.

Ce que tu dois retenir pour tes investissements

La liquidité d’un ETF n’a presque rien à voir avec son volume d’échange quotidien. Elle dépend presque entièrement de la liquidité des actifs qu’il détient. C’est pour ça qu’un ETF World récent avec seulement 50 millions d’encours est parfaitement vendable : il détient les entreprises les plus échangées de la planète.

Avant d’acheter un ETF, vérifie :

  • L’encours (minimum 100 millions € idéalement)
  • Le spread bid-ask (moins de 0,10 % pour un ETF large)
  • La nature des actifs sous-jacents (grandes capitalisations liquides ou small caps exotiques ?)
  • L’ancienneté et la solidité de l’émetteur

Le volume quotidien ? C’est le dernier de tes soucis. Si tu investis régulièrement comme nous le recommandons dans notre guide Mes premiers 100 euros, la liquidité de tes ETF ne limitera jamais ta stratégie.

Tu veux vérifier que tu as bien compris les mécanismes essentiels des ETF ? Fais notre quiz gratuit pour tester tes connaissances et identifier les derniers points à approfondir avant de te lancer sereinement.

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