ETF et déséquilibre carnet d’ordres : pourquoi tu paies plus cher

8 septembre 2026 6 min de lecture Thibault
ETF et déséquilibre carnet d’ordres : pourquoi tu paies plus cher
Photo : Burak The Weekender / Pexels
Sommaire
  1. 01 Le carnet d’ordres : un marché miniature en temps réel
  2. 02 Pourquoi le carnet se déséquilibre : la loi de l’offre et de la demande
  3. 03 Les teneurs de marché : les régulateurs invisibles du carnet
  4. 04 Comment limiter l’impact du déséquilibre sur tes achats
  5. 05 Le piège des ETF exotiques : quand le carnet se vide
  6. 06 Comprendre le spread, c’est maîtriser tes coûts cachés

Tu passes un ordre d’achat sur ton ETF préféré. Le cours affiché est à 45,20 €. Tu cliques. Et là, surprise : tu l’achètes à 45,38 €. Dix-huit centimes de plus, soit 0,4 % d’écart. Sur 5 000 € investis, ça fait 20 € qui s’évaporent avant même que ton investissement ne démarre.

Ce surcoût invisible s’appelle le spread, et il provient d’un déséquilibre dans le carnet d’ordres. Contrairement à ce qu’on imagine, le prix d’un ETF n’est pas unique à un instant T : il y a toujours deux prix, celui auquel tu peux acheter et celui auquel tu peux vendre. L’écart entre les deux dépend directement de l’offre et de la demande instantanée sur le marché.

Décryptons ensemble ce mécanisme méconnu qui te coûte de l’argent à chaque transaction.

Le carnet d’ordres : un marché miniature en temps réel

Le carnet d’ordres, c’est la liste de tous les ordres d’achat et de vente en attente sur un ETF à un moment donné. Imagine une salle des ventes où certains crient « j’achète à 45,15 € ! » et d’autres « je vends à 45,25 € ! ».

Le carnet se divise en deux colonnes :

  • Les ordres d’achat (bids) : les prix auxquels des investisseurs sont prêts à acheter, classés du plus élevé au plus bas
  • Les ordres de vente (asks) : les prix auxquels d’autres sont prêts à vendre, classés du plus bas au plus élevé

Entre les deux, il y a un espace vide : le spread. C’est l’écart entre le meilleur prix d’achat et le meilleur prix de vente. Sur un ETF très liquide comme un tracker S&P 500, ce spread peut être de 0,01 € (quelques centimes). Sur un ETF plus confidentiel, il peut grimper à 0,50 € ou plus.

Exemple concret : le carnet d’ordres d’un ETF World

Prenons un snapshot fictif du carnet d’ordres d’un ETF MSCI World :

  • Meilleure offre d’achat : 45,15 € (100 parts)
  • Meilleure offre de vente : 45,25 € (150 parts)
  • Spread : 0,10 € soit 0,22 %

Si tu passes un ordre au marché pour acheter 50 parts, tu paies 45,25 € par part. Si tu vends au marché, tu encaisses 45,15 € par part. L’écart entre les deux est ton coût d’entrée-sortie immédiat.

Pourquoi le carnet se déséquilibre : la loi de l’offre et de la demande

Le spread n’est pas fixe. Il varie en permanence selon trois facteurs principaux :

  • La liquidité de l’ETF : plus il y a d’ordres en attente (volume), plus le spread est serré. Un ETF avec 1 million d’euros de transactions quotidiennes aura un spread bien plus faible qu’un ETF à 10 000 €/jour
  • La volatilité du sous-jacent : quand les actions de l’indice bougent beaucoup, les teneurs de marché prennent plus de risques et élargissent le spread pour se protéger
  • L’heure de trading : à l’ouverture (9h00) et à la clôture (17h35), les carnets sont souvent déséquilibrés avec des spreads plus larges. Le meilleur moment pour acheter ? Entre 10h et 16h.

Le déséquilibre se produit quand il y a beaucoup plus d’acheteurs que de vendeurs (ou l’inverse). Par exemple, si une actualité économique positive pousse tout le monde à acheter simultanément, les vendeurs se font rares et peuvent augmenter leurs prix. Résultat : tu paies plus cher.

Les teneurs de marché : les régulateurs invisibles du carnet

Pour éviter que le spread n’explose, les bourses imposent aux émetteurs d’ETF de désigner des teneurs de marché (market makers). Ce sont des institutions financières qui s’engagent à afficher en permanence des ordres d’achat et de vente sur l’ETF.

Leur rôle ? Maintenir le spread dans une fourchette acceptable, généralement entre 0,05 % et 0,30 % selon le type d’ETF. En échange, ils gagnent de l’argent sur le volume en achetant légèrement moins cher qu’ils ne vendent.

Mais attention : les teneurs de marché ne sont pas des associations caritatives. Quand le marché devient nerveux ou que l’ETF est peu liquide, ils élargissent le spread pour se protéger. C’est là que tu peux te retrouver à payer bien plus cher que le prix affiché.

Cas pratique : ETF émergents vs ETF S&P 500

Comparons deux situations d’achat de 10 000 € :

  • ETF S&P 500 très liquide : spread de 0,02 %, coût implicite = 2 €
  • ETF pays émergents moins liquide : spread de 0,35 %, coût implicite = 35 €

Sur le même montant investi, le déséquilibre de liquidité te coûte 33 € de plus. Et cela, avant même de parler des frais de courtage ou des frais de gestion de l’ETF.

Comment limiter l’impact du déséquilibre sur tes achats

Tu ne peux pas éliminer le spread, mais tu peux considérablement réduire son impact en adoptant les bonnes pratiques :

  • Utilise des ordres à cours limité : fixe le prix maximum que tu acceptes de payer. Si le spread est trop large, ton ordre ne s’exécute pas, et tu évites de surpayer
  • Investis aux heures creuses : évite les 30 premières et dernières minutes de cotation. Entre 10h et 16h, les carnets sont plus équilibrés
  • Privilégie les ETF très liquides : un encours de plusieurs milliards d’euros et un volume quotidien élevé garantissent un spread serré
  • Évite les ordres au marché sur petits ETF : sur un ETF avec peu de liquidité, un ordre au marché peut déséquilibrer tout le carnet et te faire payer très cher
  • Consulte la profondeur du carnet : certaines plateformes de courtage affichent les 5 ou 10 meilleurs prix d’achat et de vente. Cela te donne une idée du vrai coût d’entrée

Sur le PEA, le choix d’ETF très liquides est encore plus important : comme tu ne peux investir que dans des ETF éligibles (souvent domiciliés en Europe), la liquidité peut varier sensiblement d’un tracker à l’autre.

Le piège des ETF exotiques : quand le carnet se vide

Plus l’indice suivi est spécifique, plus le risque de déséquilibre est élevé. Un ETF thématique (hydrogène, cybersécurité, blockchain) ou géographique très ciblé (Vietnam, Nigéria) peut avoir un carnet d’ordres quasi désert certains jours.

Concrètement, cela signifie :

  • Un spread pouvant atteindre 1 % à 2 %
  • Des ordres qui ne s’exécutent pas pendant plusieurs heures
  • Des variations de prix déconnectées de la valeur réelle de l’indice (la valeur liquidative)

Ce n’est pas un problème si tu investis à long terme avec un horizon de 10-20 ans et que tu n’achètes qu’une ou deux fois par an. Mais si tu fais du DCA mensuel avec de petits montants (100-200 €), le spread cumulé peut représenter plusieurs centaines d’euros perdus sur plusieurs années.

Rappel important : investir dans des ETF comporte un risque de perte en capital, et ce risque est accentué sur les ETF peu liquides où tu peux avoir du mal à vendre rapidement à un prix correct.

Comprendre le spread, c’est maîtriser tes coûts cachés

Le déséquilibre du carnet d’ordres est l’un des coûts les plus sous-estimés de l’investissement en ETF. Contrairement aux frais de gestion annuels (affichés clairement), le spread est invisible, variable et cumulatif.

La bonne nouvelle ? Maintenant que tu sais comment il fonctionne, tu peux l’éviter en grande partie. Choisis des ETF liquides, passe des ordres à cours limité, investis aux bonnes heures. Ces réflexes simples peuvent te faire économiser des centaines d’euros par an.

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