ETF et effet janvier : pourquoi la bourse monte en début d’année

10 août 2026 6 min de lecture Thibault
ETF et effet janvier : pourquoi la bourse monte en début d’année
Photo : Alesia Kozik / Pexels
Sommaire
  1. 01 L’effet janvier, c’est quoi exactement ?
  2. 02 Pourquoi la bourse monte-t-elle en janvier ?
  3. 03 L’effet janvier fonctionne-t-il encore aujourd’hui ?
  4. 04 Exemple concret : janvier 2024 et 2025
  5. 05 Que faire concrètement avec cette information ?
  6. 06 L’effet janvier et les biais cognitifs

Chaque année, c’est la même histoire : dès les premiers jours de janvier, les marchés boursiers semblent prendre un élan particulier. Les indices grimpent, les performances s’envolent, et les médias financiers parlent de « bon départ pour l’année ». Coïncidence ? Pas vraiment. Ce phénomène porte un nom : l’effet janvier. Et si tu investis dans des ETF, comprendre cette anomalie de marché peut t’aider à mieux appréhender les mouvements de ton portefeuille… sans pour autant chercher à les exploiter.

Spoiler : comme toutes les anomalies de marché, celle-ci est fascinante sur le papier, mais beaucoup moins exploitable dans la vraie vie. Décryptage.

L’effet janvier, c’est quoi exactement ?

L’effet janvier désigne une tendance statistique observée sur les marchés boursiers : les actions auraient tendance à monter davantage en janvier que durant les autres mois de l’année. Plus précisément, la première quinzaine de janvier afficherait des performances particulièrement élevées.

Ce phénomène a été documenté pour la première fois dans les années 1940 par le banquier Sidney Wachtel, puis popularisé dans les années 1980 par des recherches académiques. Les études ont montré que :

  • Janvier affichait historiquement des rendements supérieurs à la moyenne mensuelle
  • L’effet était encore plus marqué sur les petites capitalisations que sur les grandes
  • Les cinq premiers jours de l’année concentraient une partie significative de la performance annuelle
  • Le phénomène s’observait sur plusieurs décennies et marchés différents

Quand ton ETF World ou S&P 500 grimpe de 2-3% dans les premiers jours de janvier, tu assistes peut-être à cet effet en action. Mais d’où vient-il ?

Pourquoi la bourse monte-t-elle en janvier ?

Plusieurs théories tentent d’expliquer l’effet janvier. Aucune ne fait consensus absolu, mais ensemble, elles dessinent un tableau cohérent.

La récolte fiscale de fin d’année (tax-loss harvesting)

L’explication la plus populaire concerne l’optimisation fiscale. Aux États-Unis notamment, de nombreux investisseurs vendent en décembre leurs actions perdantes pour cristalliser des moins-values. Objectif : réduire leur facture fiscale de l’année en cours.

Cette vente massive en décembre fait artificiellement baisser les cours. Puis, dès janvier, ces mêmes investisseurs rachètent ces actions devenues attractives. Résultat : un rebond mécanique des prix.

En France, avec la flat tax à 31,4% sur compte-titres, cette stratégie fonctionne aussi : vendre tes positions perdantes en décembre te permet de compenser tes plus-values et de récupérer un crédit d’impôt. Ton premier investissement en ETF pourrait donc bénéficier de ce mouvement saisonnier.

Les primes de fin d’année réinvesties

Décembre rime avec bonus pour de nombreux salariés. Une partie de ces primes arrive sur les marchés en janvier, créant une pression acheteuse supplémentaire. C’est particulièrement vrai pour les investisseurs institutionnels qui reçoivent des flux de capitaux frais en début d’année.

Le rééquilibrage des portefeuilles institutionnels

Janvier marque le début de l’exercice comptable pour beaucoup d’acteurs institutionnels. Les fonds de pension, gestionnaires de patrimoine et autres poids lourds du marché ajustent leurs allocations, souvent en faveur des actions après avoir pris leurs bénéfices en fin d’année précédente.

L’optimisme psychologique du renouveau

Ne sous-estime jamais la psychologie collective. Nouvelle année = nouveau départ = optimisme. Cet état d’esprit pousse certains investisseurs à revenir sur les marchés ou à augmenter leur exposition. L’effet est subtil mais mesurable.

L’effet janvier fonctionne-t-il encore aujourd’hui ?

Voilà où ça devient intéressant : comme toutes les anomalies de marché largement documentées, l’effet janvier s’est progressivement affaibli.

Pourquoi ? Parce que dès qu’une inefficience de marché devient connue, les investisseurs cherchent à l’exploiter. En anticipant le rebond de janvier, ils achètent dès décembre… ce qui annule l’effet initial. C’est le paradoxe des marchés efficients.

Les études récentes montrent que :

  • L’effet janvier était très marqué jusqu’aux années 1990
  • Il s’est considérablement réduit depuis les années 2000
  • Il persiste marginalement sur certains marchés émergents ou petites capitalisations
  • Sur les grandes capitalisations américaines ou européennes, il est devenu négligeable

Autrement dit : si tu attends sagement décembre pour acheter ton ETF MSCI World en espérant profiter du rebond de janvier, tu risques surtout de passer à côté des hausses de décembre.

Exemple concret : janvier 2024 et 2025

Prenons deux exemples récents pour illustrer la variabilité de cet effet.

Janvier 2024 : Le S&P 500 a progressé de +1,6%, une performance correcte mais pas exceptionnelle. Rien qui justifie de chambouler sa stratégie d’investissement. Le MSCI World a fait +1,2%.

Janvier 2025 : Le même S&P 500 a affiché +2,9%, et le MSCI World +2,8%. Performance plus solide, mais là encore, rien qui sorte radicalement de l’ordinaire sur le long terme.

Si tu avais investi 1 000 € en ETF S&P 500 le 1er janvier 2024, tu aurais eu 1 016 € au 31 janvier. Investis le 1er décembre 2023, tu aurais probablement mieux performé grâce à la hausse de fin d’année (+4,4% en décembre 2023).

La leçon ? Essayer de timer le marché en fonction de l’effet janvier est un jeu perdant. Le véritable enjeu de ton investissement, c’est la régularité, pas le timing parfait.

Que faire concrètement avec cette information ?

Maintenant que tu connais l’effet janvier, faut-il adapter ta stratégie d’investissement ? Réponse courte : non.

Si tu investis régulièrement (DCA)

Continue exactement comme tu le fais. Que janvier monte ou baisse, ton investissement mensuel lisse les variations. C’est tout l’intérêt du dollar cost averaging. L’effet janvier devient alors un simple bruit statistique dans ta stratégie long terme.

Si tu as une somme importante à investir

Ne l’attends pas spécialement jusqu’en janvier (ou décembre). Les études montrent que statistiquement, investir immédiatement bat l’investissement progressif dans 2 cas sur 3. L’effet janvier ne change rien à cette réalité.

Si tu es sur PEA

Avec l’exonération d’impôt sur le revenu après 5 ans et les prélèvements sociaux à 18,6%, ton horizon doit être celui de la décennie, pas du mois de janvier. L’effet saisonnier devient totalement anecdotique face aux effets de la capitalisation long terme.

Ce que tu peux retenir

  • L’effet janvier existe historiquement, mais s’est affaibli
  • Il s’explique par des mécanismes rationnels (fiscalité, flux de capitaux)
  • Il ne justifie aucun ajustement de ta stratégie d’investissement
  • Chercher à l’exploiter génère plus de frais et de risques que de gains

N’oublie jamais : investir en ETF comporte un risque de perte en capital. Aucune anomalie de marché, aussi documentée soit-elle, ne garantit des rendements futurs.

L’effet janvier et les biais cognitifs

Au-delà de la réalité statistique, l’effet janvier nous rappelle quelque chose d’important : notre cerveau adore les patterns, même quand ils n’existent pas vraiment.

Voir ton portefeuille grimper en janvier te donne un sentiment de confirmation. « Ça marche ! » penses-tu. Mais si février corrige de 3%, ce sentiment s’évapore. Tu viens de tomber dans le piège du biais de confirmation et du biais de récence.

Les vrais gains en bourse ne se font pas sur des anomalies calendaires, mais sur :

  • La discipline d’investissement régulier
  • La patience à travers les cycles de marché
  • La minimisation des frais et de la fiscalité
  • La diversification internationale via des ETF larges

Janvier peut monter ou baisser. Sur 30 ans d’investissement, ça ne changera rien à ton résultat final.

Alors la prochaine fois que tu entendras parler de l’effet janvier dans les médias financiers, tu pourras sourire : tu sais maintenant que c’est fascinant intellectuellement, mais totalement inutile pour ta stratégie d’investissement. Et c’est exactement ce genre de lucidité qui fait les bons investisseurs long terme.

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