Sommaire
- 01 Le survivorship ratio : la mesure de la rotation invisible
- 02 Pourquoi ce ratio fausse ta perception de performance
- 03 Pourquoi les indices avec un fort ratio peuvent être meilleurs
- 04 Comment utiliser cette info dans ta stratégie
- 05 Le survivorship ratio et la fiscalité française
- 06 Conclusion : le ratio que tu ne vois jamais mais qui travaille pour toi
Tu regardes ton ETF World et tu te dis : « +8% par an sur 20 ans, pas mal ». Mais ce chiffre cache une réalité gênante : il ne compte que les survivants. Les 1 247 entreprises disparues entre-temps ? Évaporées des graphiques. Le survivorship ratio mesure cette distorsion : combien d’actions sont sorties de l’indice par rapport à celles qui y sont entrées. Et spoiler : ce ratio peut atteindre 50% sur 10 ans. Autrement dit, la moitié des entreprises que tu possédais au départ n’existent plus dans l’indice aujourd’hui.
Le survivorship ratio : la mesure de la rotation invisible
Le survivorship ratio, c’est le pourcentage d’actions d’un indice qui ont disparu sur une période donnée, remplacées par de nouvelles. Il se calcule simplement :
Survivorship ratio = (Nombre de sorties / Nombre d’actions au départ) × 100
Un indice avec un survivorship ratio de 40% sur 10 ans signifie que 40% des entreprises présentes au début ont été retirées : faillite, fusion, rachat, ou simplement performance insuffisante pour rester dans l’indice.
Les chiffres qui donnent le vertige
- S&P 500 : environ 45% de turnover sur 10 ans (soit 225 entreprises remplacées)
- Russell 2000 (petites capitalisations US) : jusqu’à 60% de rotation sur la même période
- MSCI World : approximativement 35% de survivorship ratio sur 10 ans
- CAC 40 : 50% des entreprises de 2000 ne sont plus dans l’indice aujourd’hui
Ces chiffres révèlent une vérité inconfortable : ton indice est un organisme vivant qui expulse constamment ses membres les plus faibles.
Pourquoi ce ratio fausse ta perception de performance
Imagine que tu suives la performance du S&P 500 depuis 2015. Les graphiques te montrent une belle courbe ascendante. Mais ils ne te montrent pas :
- Les 187 entreprises sorties de l’indice depuis 2015
- Dont 43 ont fait faillite (perte totale)
- Dont 89 ont été rachetées après avoir sous-performé
- Dont 55 ont simplement chuté sous le seuil de capitalisation
Résultat : la performance affichée est celle des survivants + des nouveaux entrants (souvent en pleine forme). C’est comme mesurer la santé d’une promotion d’étudiants en ne comptant que ceux qui ont eu leur diplôme.
Exemple chiffré concret
Prenons un mini-indice fictif de 10 actions en 2016, valeur 100€ chacune :
2016 – Composition initiale :
A, B, C, D, E, F, G, H, I, J (10 actions × 100€ = 1 000€)
2026 – Ce qui s’est vraiment passé :
- Actions A, B, C, D, E : +150% (valeur 250€ chacune)
- Action F : -30% → sortie de l’indice en 2021 (valeur finale 70€)
- Action G : faillite en 2023 (valeur finale 0€)
- Action H : rachetée à 90€ en 2022 (sortie de l’indice)
- Actions I, J : +50% (valeur 150€ chacune)
- Actions K, L, M : entrées en 2021-2023, +80% depuis leur entrée
Performance affichée de l’indice en 2026 : +125%
(Calcul basé sur les 10 actions actuelles, toutes survivantes ou nouvelles entrantes)
Performance réelle si tu avais acheté en 2016 : environ +95%
(En comptant F à -30%, G à -100%, H à -10%)
Le survivorship ratio ici : 30% (3 sorties sur 10). Et il masque 30 points de performance en moins.
Pourquoi les indices avec un fort ratio peuvent être meilleurs
Paradoxe : un survivorship ratio élevé n’est pas forcément mauvais signe. Au contraire.
La rotation comme mécanisme de sélection darwinien
Un indice qui éjecte régulièrement les sous-performeurs est un indice qui se nettoie. Le Russell 2000, avec son ratio de 60%, élimine impitoyablement les petites capitalisations qui ne grandissent pas. Résultat : il reste un concentré d’entreprises dynamiques, même si la rotation est intense.
À l’inverse, un indice avec un ratio très faible peut signifier :
- Des critères d’exclusion trop laxistes
- Une concentration excessive sur les grosses capitalisations (qui bougent peu)
- Un indice « zombie » qui garde des entreprises déclinantes
Le cas particulier des indices pondérés par la capitalisation
Sur un ETF World ou S&P 500 pondéré par capitalisation, l’impact des sorties est limité : les entreprises qui sortent sont souvent devenues si petites qu’elles pèsent 0,01% de l’indice. Leur disparition ne change presque rien à ta performance. Le survivorship ratio est élevé en nombre d’entreprises, mais faible en impact réel.
Comment utiliser cette info dans ta stratégie
Concrètement, que faire de cette métrique ?
1. Relativise les backtests historiques
Quand tu vois « le S&P 500 a fait +10% par an depuis 50 ans », rappelle-toi que ce chiffre oublie les centaines d’entreprises sorties en route. La vraie performance d’un investisseur qui aurait acheté et tenu sans suivre l’indice serait inférieure.
C’est pour ça que les ETF sont puissants : ils répliquent automatiquement ces changements. Tu bénéficies du nettoyage sans subir les perdants jusqu’au bout.
2. Préfère les ETF à réplication physique
Sur un ETF à réplication physique, le fonds suit exactement les entrées/sorties de l’indice. Tu profites pleinement du mécanisme de sélection. Sur un ETF synthétique (à swap), le mécanisme peut être moins transparent.
3. Accepte la volatilité des indices à fort ratio
Un ETF sur le Russell 2000 ou sur les small caps européennes aura un survivorship ratio élevé. C’est normal : ces entreprises sont plus fragiles. Mais c’est aussi ce turnover qui crée les opportunités de surperformance à long terme. Si tu n’acceptes pas cette rotation, reste sur des indices large cap.
4. Investis régulièrement pour lisser
Le survivorship ratio impacte surtout les investisseurs ponctuels qui achètent puis oublient sans suivre l’indice. Si tu investis via un plan d’investissement programmé mensuel (DCA), tu achètes continuellement la nouvelle composition, et tu profites du renouvellement. C’est l’un des grands avantages de l’investissement régulier que tu peux découvrir dans notre quiz de démarrage.
Le survivorship ratio et la fiscalité française
Point important : sur un compte-titres ordinaire, chaque fois que ton ETF ajuste sa composition (vente d’une action sortante, achat d’une entrante), cela se passe à l’intérieur du fonds. Fiscalement, tu ne paies rien tant que tu ne vends pas tes parts d’ETF.
Sur un PEA, c’est encore mieux : après 5 ans, les retraits sont exonérés d’impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 18,6% s’appliquent). Le survivorship ratio joue son rôle de nettoyage, et toi tu profites de la performance épurée sans friction fiscale à chaque rotation.
Rappel : le PEA est plafonné à 150 000€, et investir comporte un risque de perte en capital, notamment sur les indices à forte rotation où certaines entreprises peuvent chuter brutalement avant d’être exclues.
Conclusion : le ratio que tu ne vois jamais mais qui travaille pour toi
Le survivorship ratio, c’est la face cachée de la performance des indices. Il mesure combien d’entreprises disparaissent et sont remplacées, créant une distorsion entre performance affichée et performance réelle.
Mais si tu investis via des ETF, cette distorsion joue en ta faveur : tu profites automatiquement du nettoyage, sans subir les perdants jusqu’au bout. C’est l’un des mécanismes invisibles qui font la force de l’investissement indiciel à long terme.
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